Tartiflette et braséros, une nuit avec des gilets jaunes

Depuis le 17 novembre, les gilets jaunes sont mobilisés partout en France. C'est également le cas au rond point de Carrefour à Saint-Yorre, dans l'Allier. Si les barrages filtrants se finissent généralement vers 19 heures à cet endroit, de nombreux manifestants restent sur place jusqu'au beau milieu de la nuit. Ambiance.

Il est 21 heures. Depuis deux heures, les obstacles en bois permettant de faire arrêter les véhicules aux abords du rond-point de Carrefour à Saint-Yorre, dans l'Allier, sont sagement rangés aux abords de la chaussée.  Si les opérations de barrages filtrants sont officiellement terminées pour cette journée de mobilisation, une trentaine de gilets jaunes sont toujours présents aux abords du rond-point.

« Il n'aurait pas pu augmenter les taxes pendant l'été, Macron ? Ça nous aurait évité de nous mobiliser à l'approche de l'hiver », observe Roger, mains tendues vers un des braseros. Il faut dire que ce soir là, la température tourne autour des cinq degrés. 
« Mais cela ne nous décourage pas, quand on affirme que nous sommes déterminés, le simple fait d'être toujours présent ce soir en est la preuve », reprend-il

Une grande famille adoptive

Autour des braseros, les discussions vont bon train. On y cause, certes du mouvement gilets jaunes et de ses actions à l'échelle départementale et nationale, mais également de tout et de rien.
À une exception près : on ne parle ni de politique, ni de syndicalisme.

« Nous sommes avant tout un mouvement citoyen et non pas politique. Nous sommes tous réunis ici dans un seul et même but : faire baver Macron. Cela n'empêche pas, à force de se côtoyer à longueur de journée,  de créer des affinités et des liens de proximité. On est un peu plus ouverts, on se connaît tous un peu mieux », expose Pascal, l'un des référents du mouvement à Saint-Yorre.
Marie, bonnet sur la tête, va même un peu plus loin.  « Petit à petit, nous devenons presque une petite famille. On se voit tellement. »

Un constat qu'abonde également Pierre, 22 ans, surnommé « Caillou » et animateur en centre de vacances pendant l'été.

« Je ne connaissais pas grand monde en arrivant sur le rond-point pour la première fois lundi dernier. Aujourd'hui, je pense que ce sont des personnes avec qui j'irais manger en dehors des manifestations si quelque chose s'organisait. »

Pour nourrir cette « petite famille », Pierre a justement mis les petits plats dans les grands. Il a préparé une tartiflette géante pour l'ensemble de ses compagnons.

Il est 22 heures. Réunis autour de la camionnette qui sert de garde-manger, munis de couverts et d'assiettes en plastique, les gilets jaunes de Saint-Yorre partagent un repas copieux. Une récompense pour ceux qui sont mobilisés depuis huit heures du matin le même jour.

« Ce soir c'est tartiflette, mais régulièrement nous dégustons ensemble les plats que nous donnent les automobilistes en qui nous avons confiance. C'est incroyable le nombre de quatre-quarts, de litres de soupe ou de thermos de café que nous donnent nos concitoyens. Cela nous motive et nous prouve que nous sommes soutenus par la population », s'émeut Pascal.
L'électricité éclairant leur tonnelle est également fournie par l'un des voisins.

En contrepartie, les gilets jaunes de Saint-Yorre s'engagent à ne pas hausser le ton dans leurs discussions une fois la nuit tombée. « C'est normal de respecter le voisinage », affirme Pascal.

Présents toute la nuit

Les montres approchent désormais de 23 heures. Une vingtaine de gilets jaunes sont toujours présents. Entre-temps, deux tentes et des lits d'appoint ont été installés. Pourquoi ?  

« La population nous témoigne quotidiennement  son soutien, c'est une marque de respect d'occuper le terrain, même la nuit. »

C'est pour cette raison, que certains gilets jaunes ont l'intention de rester au rond-point de Saint-Yorre toute la nuit.

Petit à petit, les gilets jaunes ne restant pas dormir sont invités à rentrer chez eux, toujours dans cette optique de limiter les nuisances envers le voisinage. 
 

Quelques tensions nocturnes

Pourtant, la nuit et la fatigue aidant, quelques tensions éclatent entre les manifestants. Certains ont ouvert des bouteilles de bière alors que le rond-point de Saint-Yorre se veut comme un  « barrage zéro alcool ». La nuit ne permet pas de déroger à cette règle.

Suite à la hausse de ton, les gendarmes, postés de l'autre côté du rond-point pour s'assurer de la bonne tenue du mouvement, s'approchent des manifestants pour faire chuter la tension et diminuer le niveau sonore. La nuit reprend rapidement son court et le silence règne à nouveau.

« Comme pour toutes les familles, il y a parfois quelques conflits. Et comme pour toutes les familles, seul le dialogue permet d'apaiser les esprits. »
 

Au final, six gilets jaunes resteront pour dormir - ou discuter toute la nuit - aux abords du rond-point de Saint-Yorre.