Stupéfiants, course-poursuite et tapage nocturne : immersion avec la brigade de nuit de Riom

Pendant que la plupart des habitants de Riom (Puy-de-Dôme) et son agglomération dorment, les brigadiers de nuit du commissariat de Riom veillent à leur sécurité et au respect des lois. Des opérations nocturnes qui ne sont pas toujours de tout repos.

Alors que de nombreux Riomois se réunissent pour regarder le premier match des Bleues de ce mondial de football féminin, les policiers de la brigade de nuit de Riom font leur prise de poste.

Ce soir-là, ils sont six. Tous sont sous le commandement de Xavier F., brigadier chef, également présent pour la nuit. « Avant de partir sur les routes de notre circonscription, on se réunit toujours tous ensemble à la cafétéria du commissariat. On boit un café et on prend un peu de temps pour soi et les autres. Ça permet d'avoir une équipe soudée. C'est essentiel lorsque l'on est un "nuiteux" », explique l'homme à la carrure imposante, propre à sa condition de champion du monde Vétéran de judo.

Le travail de nuit, tous y sont tombés un peu par hasard au fil de leur carrière. Sans jamais pouvoir en décrocher ensuite. « Je voulais intégrer la BAC (Brigade anti-criminalité, NDLR) et l'on m'a proposé de rejoindre les équipes nocturnes. C'est ce que j'ai fait et aujourd'hui, je sais que je serais incapable de travailler en journée », témoigne Sylvain, également gardien de la paix, entre deux gorgées de café chaud. « De mon côté, c'est parce que je voulais avoir l'opportunité d'élever mes enfants en journée sans nounou », explique Xavier.

La prise de poste est également l'occasion de faire ses pronostics. La nuit sera-t-elle calme ? « Il y a encore vingt ans, il y avait encore des schémas un peu définis. Les vendredis et samedis étaient agités. Les débuts de semaine plutôt tranquilles. Avec le temps, j'ai l'impression que tous ces repères s'estompent. Chaque nuit est unique et on ne sait jamais dans quoi on s'embarque en début de soirée », analyse Xavier F. « C'est ce qui fait aussi le charme de ce métier et de ces horaires », complète Sylvain.
Les montres approchent de 21 h 30, les deux hommes montent chacun dans un véhicule de patrouille en compagnie d'élèves d'École Nationale de Police, Thibaud et Cindy, tous deux stagiaires pour sept semaines au commissariat de Riom. 

21 h 30  - Contrôles routiers et stupéfiants

Positionnés sur le rond-point de l'avenue de Châtel-Guyon, les forces de l'ordre commencent à procéder à des contrôles routiers. Il ne faudra pas attendre longtemps avant que ceux-ci réalisent leur première interpellation. Après avoir contrôlé les papiers d'un jeune motard, ils découvrent dans le sac à dos du passager, tout juste majeur, près de sept grammes de résine de cannabis ainsi qu'un Opinel qui, bien que courant, n'en demeure pas moins une arme blanche dont le port et le transport sont interdits sans motif légitime. L'arme est confisquée.

Le passager doit quant à lui être ramené au commissariat pour recevoir une convocation ultérieure pour possession de stupéfiants. Dans la voiture silencieuse, à la radio, Étienne Daho veut passer un week-end à Rome.

21 h 50 - Course poursuite

À peine le temps de ramener le jeune passager que les talkies-walkies crachotent : « Chasse ! Chasse ! Refus d'obtempérer d'un véhicule qui prend la fuite. » De l'autre côté du dispositif de communication, Cindy et Sylvain, accompagnés d'un adjoint de sécurité, prennent en chasse un véhicule depuis le centre-ville de Riom. Lorsqu'il a vu leur véhicule, le conducteur d'une Peugeot 307 a entrepris de brûler un feu rouge.

« La vitesse n'est pas excessive mais il prend tous les risques ! » En entendant ces messages, dans le commissariat de Riom, la tension devient palpable. Xavier et Thibaud rejoignent en courant leur véhicule de fonction et quittent dans l'urgence le poste de police. Sirène hurlante, ils tentent de rejoindre leurs équipiers de nuit pour apporter du renfort. L'aiguille du compteur de vitesse dépasse les trois chiffres. Dans le talkie, les forces de l'ordre de Clermont-Ferrand se mettent aussi en branle. 

Après environ 10 minutes de course-poursuite, arrivé au château d'eau de Gerzat, le fuyard abandonne son véhicule et poursuit sa course à pied. « On le poursuit en courant ! », annonce Cindy, la voix pleine d'adrénaline. Las, le conducteur enjambe un portail de domicile privé et disparaît.

L'équipe de patrouille de Sylvain retourne au pas de course au véhicule abandonné. À l'intérieur, trois personnes. Tous mineurs. Ceux-ci ne sont pas coopératifs. Ils refusent de décliner leurs identités ainsi que celle du conducteur.

Xavier et Thibaud sont arrivés sur place. « On va les connaître vos identités. On perd du temps là, tous. Vous vous prenez pour des grands bandits ? », tonne le chef de brigade. Peu à peu, sous les questions de Thibaud, les langues se délient. Ils auraient « emprunté » le véhicule d'un de leurs parents, sans autorisation. « Ça peut être qualifié de vol ça, vous savez ? », s'agace Xavier F.

Les renforts de Clermont-Ferrand arrivent. Parmi eux, la brigade canine et leurs chiens qui vont tenter de retrouver le conducteur en fuite.

Pendant ce temps, le véhicule est fouillé et les propriétaires recherchés dans une base de données de la préfecture à l'aide de tablettes NEO (Nouvel équipement opérationnel). Très vite, il apparaît que le certificat de contrôle technique est faux ou volé à un autre véhicule. Les immatriculations ne correspondent pas.  

Les trois mineurs sont ramenés au poste de police de Clermont-Ferrand. Xavier et Thibaud attendent l'arrivée du véhicule de fourrière qui embarquera la Peugeot 307 avant de repartir en patrouille.

23 heures - Zone à risques

À la radio, Niagara interprète « Quand la ville dort » et Muriel Moreno espère que le ciel ne lui tombe pas sur la tête. Chanson de circonstance mais qui n'interpelle pas pour autant le chef de la brigade de nuit de Riom et son élève. Tous deux sont concentrés. Ils se dirigent vers une zone qu'ils considèrent « à risque », dans le secteur de Planchepaleuil. Sur le bas-côté, des carcasses de véhicules s'entassent. Certaines sont criblées d'impacts de balle. Par le passé, des membres de la brigade de nuit ont déjà été la cible de coups de feu et l'un a été blessé à l'arcade sourcilière suite à des échanges de coups.

Néanmoins, Xavier et Thibaud affirme ne pas éprouver d'appréhension à l'approche de cette zone. « Il n'y a pas de zones de non-droit en France. On se doit de patrouiller ici comme on le ferait partout ailleurs. C'est important de montrer notre présence », souffle le chef brigadier.

L'endroit est calme. Hormis les chats errants, il n'y a pas âme qui vive. Les policiers font le tour et repartent d'où ils viennent. Juste après avoir fait face à un tag « Nik la Police ».

23 h 20 - Agression ?

De retour en centre-ville, le talkie crachote à nouveau. Laurent, également policier membre de la brigade de nuit, resté au commissariat pour prendre les appels des citoyens énonce : « Une femme vient d'appeler, apparemment des jeunes jouent au foot rue Marivaux et tapent avec leurs ballons dans des voitures ». Sur place, les jeunes sont là mais le match semble terminé. « Des gens se sont plaints de votre comportement, mais vous avez l'air tranquille. Faites attention avec vos pieds carrés si vous jouer au ballon et trainez pas trop tard », se contentera d'affirmer Xavier. « À force, les gens problématiques, on les connaît et reconnaît. À Riom, les gens qui trainent la nuit sont souvent les mêmes. »

Quelques dizaines de mètres plus loin, ce sont justement des visages familiers qui hèlent la voiture de patrouille. Un père et son fils, bien connu depuis quelques mois des services nocturnes de police. Le fils tient son bras et questionne : « Vous pouvez m'amener à l'hôpital ? »

Difficilement, il explique, soutenu par son père, s'être fait agresser au bar Les Tanneries de Riom. Les forces de l'ordre font monter les deux hommes dans leur véhicule et se dirigent vers le lieu supposé de l'agression. Sur place, la surprise de voir les deux anciens clients revenir avec la police est totale. Selon la patronne, soutenue par une dizaine de témoins, le fils serait tombé de lui-même avant de partir. Ce que le père de l'intéressé dément fortement, n'hésitant pas à pointer du doigt certains clients.

Après s'être assuré de la sécurité de tous, les brigadiers de nuit décident de clore l'affaire et incitent père et fils à repartir d'où ils sont venus.
Tous deux sont réputés pour se rendre presque toutes les nuits aux urgences, au risque d'agacer les infirmiers. « La nuit, c'est à ce moment-là aussi qu'il y a le plus de cinglés. »

23 h 50 - Tapage nocturne

Billie Jean à la radio. Et sur les balcons. « On nous signale un tapage nocturne dans le quartier du Couriat. Une voisine se plaint de musique et de chant trop fort », annonce Laurent au talkie walkie. Sur place, face aux imposants immeubles, difficile de retrouver l'origine de l'appel. Un nom de famille et l'interphone permettront de retrouver la plaignante.

Les voisins bruyants ne sont pas mitoyens, il s'agit de fêtards situés dans un autre immeuble un peu plus loin. De quel appartement s'agit-il ? Les policiers n'en ont aucune idée, bien qu'ils voient depuis le balcon les fêtards en question. Néanmoins, en bas de l'immeuble incriminé, ils tombent sur une lettre affichée sur la porte du hall.

Un coup d'interphone et une visite plus tard, la musique est coupée. Le visage de la locataire déconfit. « C'est la partie la moins intéressante du boulot mais il faut qu'on le fasse car sinon cela peut aboutir à des querelles de voisinage bien plus envenimées », prévient Xavier F., avant de reprendre : « Parfois les gens sont bien plus alcoolisés et notre présence dérange beaucoup plus, donc on ne baisse pas la garde. »

1 heure - Retour au commissariat

Une bonne partie de la nuit a déja filé. Les deux véhicules de patrouille retournent au poste de police. Ils en profitent pour retranscrire les procès-verbaux de leurs différentes opérations survenues. « Chaque nuit, on fait énormément d'administratif. Ça nous prend énormément de temps », souffle Sylvain. Cette tâche faite, les brigadiers de la nuit en profitent pour manger une gamelle qu'ils se sont préparée avant leur service. « Personnellement, je me couche à 5 h 30 du matin et dors jusque 11h 30 - midi. Je déjeune et profite de mon après-midi. Je mange en famille le soir et pars travailler ensuite », explique Xavier, avant d'évoquer le fait que de nombreux « nuiteux » ne parviennent pas à garder une vie sociale et ne vivent que pour le boulot et le dodo.

Le temps d'une dernière gratouille derrière les oreilles de Mimine, chat-mascotte qui vit depuis quatre ans au commissariat, les policiers repartent en patrouille.

2 h 30 - Contrôles d'identité

Le reste de la nuit sera plus calme. La musique a été coupée. La plupart des bars ont fermé. Les fêtards sont rentrés. « Désormais, les gens qui restent dans les rues à cette heure-ci, c'est pour une raison bien précise; bonne ou mauvaise. C'est pour cela que l'on procède à des contrôles d'identité, pour les aborder et comprendre ce qu'ils font dehors », aborde Sylvain et ses vingt années de travail de nuit au compteur. 

C'est le cas notamment de quatre jeunes, discutant non loin du square Virlogeux, canette de soda à la main. « Ils viennent de Vichy, sont venus en train et n'ont nulle part où dormir cette nuit. Ils sont à la recherche d'un hôtel », raconte le gardien de la paix, après avoir vérifié leur identité et procédé à des fouilles corporelles.

Même procédé un peu plus tard pour quatre autres jeunes, non loin de la Tour de l'Horloge. Visiblement alcoolisés, l'un deux était sur le toit d'une 106 à l'arrivée de la police. « C'était son véhicule. On aurait pu leur mettre une amende pour stationnement sur trottoir et ivresse sur la voie publique mais ce n'est pas nécessairement notre but. On fait de la pédagogie. On rappelle ce que les individus risquent par leur comportement nocturne, mais on laisse couler quand on voit que les gens ne sont pas malintentionnés », détaille Sylvain. 

4 h 30 - On attend la relève 

De nouveau de retour au commissariat, les brigadiers de nuit débriefent. Au loin, les premiers rayons du soleil commencent à apparaître, de même que les collègues de jour qui viennent prendre la relève. Le journal est arrivé, l'occasion parfois de découvrir les opérations diurne de ces mêmes collègues. « Au final, de par nos rythmes décalés, on a très peu de contact direct avec nos collègues de jour. Certes on contribue régulièrement à leur enquête mais on a rarement le mot de la fin », remarque Sylvain, un brin de déception dans la voix.

Pourtant tous le répètent : pour rien au monde ils n'aimeraient troquer la lune pour le soleil.