Ler Devagar, la librairie nocturne de Lisbonne

Dans un quartier reculé de Lisbonne, la librairie Ler Devagar accueille chaque soir les lecteurs noctambules et les fêtards à la recherche de calme dans un cadre symbolique.

L'ambiance est calme. Studieuse. Bien loin de la folie nocturne de Lisbonne, dont la capitale du Portugal est pourtant réputée. Comme si la présence de livres en grand nombre entrainait systématiquement une baisse du niveau sonore. La Ler Devagar - qui peut se traduire par « lire lentement » - est considéré comme l'une des plus belles librairies du monde, star des guides touristique proposant de découvrir Lisbonne « autrement ».
Il faut dire que le lieu est difficile d'accès.

La librairie fait en effet partie d'un quartier « caché », la LX Factory, un espace alternatif situé dans une ancienne usine de tissus désaffectée datant de 1864, et qui, depuis 2008, s’est reconvertie en un pôle de culture contemporaine étalé sur 23.000 m². Un lieu, symbole d'un passé industriel, qui accueille désormais ateliers d'artistes, boutiques décos, street art, mais également cette fameuse librairie, faisant de la LX Factory la nouvelle zone branchée de la capitale portugaise. Notamment la nuit.

« Nous sommes ouverts tous les soirs jusqu'à minuit, un horaire en adéquation avec le reste de la LX Factory. Pourtant l'ambiance est en totale contradiction avec nos voisins de quartier. Nous avons de nombreux clients qui font la fête, avant de venir ici pour profiter du calme », témoigne Maria, employé au sein de la librairie. Alors que dehors, la fête fait rage, la Ler Devagar fait office de bulle de sérénité.  « C’est pour cela que plusieurs étudiants viennent travailler ici », complète-elle.

C'est notamment le cas de Luyandro, étudiant portugais en histoire des lettres, la tête plongée dans un ouvrage d’Almeida Garrett, l’un des deux romanciers et poètes à être enterré dans le panthéon portugais. « Je suis dans une colocation très bruyante alors j'ai très peu l'envie de lire ou de travailler là-bas. Je viens donc ici quasiment tous les soirs et j'y reste jusqu'à la fermeture. C'est un peu mon petit cocon. »

Un cocon, donc, situé en lieu et place des anciennes imprimeries du Publico, le plus grand quotidien portugais. Les presses n'ont pas bougé et font ainsi partie intégrante du décor. La presse, c'est d'ailleurs ce qu'est venue lire ce soir Yves et Marie-Sylvie, français retraité voulant s'installer au Portugal.
« Nous avons découvert ce lieu il y a un peu moins d'une semaine, au hasard d'une visite d'appartement. Nous sommes directement tombés sous le charme. Regardez-moi tous ses livres! C'est saisissant! Il y en a même en français », proclame Yves.

« Nous avons une hauteur sous plafond de 14 mètres nous permettant de stocker plus de 40.000 livres », abonde Pedro, barman de la librairie, après avoir entendu les dires d'Yves et Marie-Sylvie. Barman ? La Ler Devagar est effectivement un bar. Également.  Dans sa volonté d’être plus un lieu de vie nocturne qu’une simple librairie, elle propose également des concerts, des expositions et des événements.  Une animation permanente qui permet à la Ler Devagar d’être considérée comme l'une des dix plus belles librairies du monde, apparaissant notamment dans le NY Times et dans plusieurs publications de grand prestige, un peu partout dans le monde.

À vouloir rassembler fêtard et lecteur noctambule, la Ler Devagar propose un lieu atypique, faisant lien entre passé industriel et renouveau culturel de Lisbonne.