Le ballet nocturne des caristes de la grande distribution

Dans la grande distribution, nombreuses sont les petites mains à s’activer avant le lever du soleil et l’ouverture des magasins. Reportage dans une grande enseigne de meubles où caristes et employés ont quelques heures pour remplir le magasin.

Deux camions sont déjà là. L’un vient de Pologne, l’autre du Portugal. Il est quatre heures du matin. D’abondantes lumières inondent les quais de déchargement. Pascal, coordonne les équipes. Depuis plus de dix ans, il est responsable logistique d’une multinationale de vente de meubles de kit. Chaque jour, c’est lui qui confirme l’arrivée des livraisons qui permettent de maintenir le magasin à flot.

«  En ce moment, ça va, on s’en sort bien avec deux camions par nuit. Pendant les périodes de fêtes, on peut vite monter à  dix camions en provenance de toute l’Europe », assure l’imposant quinquagénaire. Pour lui et ses équipes, le temps est compté. Ils ont quelques heures pour vider, à l’aide d’engins de manutention,  les camions et redistribuer la marchandise dans les rayons. Le tout avant que le magasin ouvre ses portes. Pour cela, ce jour-là, ils sont dix-huit.

Bertrand fait partie de ceux-ci. Il est de ceux que l’on pourrait appeler, selon ses propres dires,  un « vieux de la vieille ». Il fait partie de l’équipe qui a inauguré le magasin lors de son ouverture en 1988. En près de 30 ans, il a occupé presque tout les postes disponibles au sein de la multinationale. « J’ai été vendeur dans la plupart des rayons du magasin. Je me suis occupé du Service après-vente, de la boutique d’article de seconde-main, etc. J’ai eu le temps de découvrir toutes les facettes de la grande distribution », résume-t-il, sereinement.

C’est donc désormais au service logistique qu’il exerce et prodigue ses conseils « d’ancien ». « En fait, pour distribuer au plus vite la marchandise, il faut visualiser le magasin comme un ensemble de tubes invisibles. En gros, il y a des « tubes » principaux qui vont des quais à des zones charnières, où les employés du magasin attendent les commandes pour les ramener dans leurs rayons. C’est comme un système d’irrigation, il y a la source et toutes les petites ramifications qui desservent le magasin. »

Dans ces « tubes », la circulation est dense. Les caristes enchainent les allers-retours, se croisent, se saluent lorsqu’ils ne s’étaient pas encore vus entre les allées. Tous ont désormais l’habitude du travail de nuit. « Personnellement, après des années passées au contact des clients, j’apprécie cette ambiance - nocturne ou non – plus calme, malgré le bruit des engins, où l’on peut se concentrer sur sa tâche », explique Bertrand. Un avis partagé par Ali, également quinquagénaire à la logistique du magasin. «  Si ça ne tenait qu’à moi, on commencerait encore plus tôt. Dès trois heures du matin. J’ai toujours eu un rythme de vie de noctambule et j’apprécie particulièrement de disposer de mes après-midi et soirée », explique-t-il entre deux livraisons au rayon vaisselle.

Dans ce dernier, à l’autre bout du magasin, c’est Nicolas qui reçoit les cartons remplis d’assiettes que ramène Ali. Pour le jeune homme, l’horloge tourne. Il est désormais sept heures du matin et le public arpentera les allées du magasin dans trois heures. « Il faut que j’aille vite car chaque rayon doit être plein avant l’ouverture du magasin, mais je ne dois pas non plus négliger la présentation des articles. C’est, bien évidemment, essentiel si on veut en vendre beaucoup », s’amuse celui qui travaille à la logistique depuis trois ans.

Si Nicolas s’occupe du remplissage du rayon vaisselle et d’autres rayons alentour, comme lui, ils sont près d’une dizaine à s’activer dans les allées du magasin avant le lever du soleil. Un chiffre qui croit avec l’aube. À dix heures, alors que le soleil est désormais levé depuis quelque temps et que les premiers clients pénètrent dans l’enceinte de la multinationale, peu ont conscience de toutes les forces impliquées en amont de leur arrivée. « On est un peu les employés de l’ombre, mais c’est en partie grâce à nous que l’expérience client est optimale », conclut Bertrand, avant de déposer des meubles de cuisine.