La drôle de guerre nocturne du parc des Sources de Vichy

Détonations, tirs de fusées, cris perçants, … La nuit est tombée sur le parc des Sources de Vichy, pourtant le vacarme est assourdissant. Depuis le début de la semaine, une drôle de guerre a commencé entre les agents de la Ville et leurs cibles. L'ennemi ? Les milliers d’étourneaux qui se logent chaque soir dans les quelque 740 arbres que comptent le parc du centre-ville. Ambiance.

Aux armes !

Il est 21h30 au parc des Sources. La nuit tombe. Plusieurs hommes en gilets fluo s’agitent. Parmi eux, Bernard Croizet, responsable du service hygiène salubrité de la ville de Vichy, joue les rôles de chef des armée. L’agent et ses cinq compagnons d’armes des services techniques et espaces verts sont sur le pied de guerre. En effet, deux fois par an - au début de l’automne et à la fin du printemps - la Ville s’emploie à déloger les milliers d'étourneaux qui se logent chaque année dans les quelques 740 arbres que comptent le parc du centre-ville.
« Bien évidemment, lorsqu'ils sont peu nombreux les oiseaux ne sont pas dérangeants, mais là, il est question de plusieurs milliers d'étourneaux. Autant vous dire, que niveau déjections et piaillements on atteint des sommets », évoque Bernard Croizet.

21 h 45. Les lumières du parc viennent unanimement de s'éteindre. Bernard Croizet sonne la charge. Première attaque. Il est question avant tout d'effrayer les cibles. Des cris de geai, prédateur naturel des étourneaux, sortent, tonitruant, via des haut-parleurs, d’une camionnette stationnée au milieu du parc. Une première volée d’oiseaux transperce le ciel vichyssois. Mais le bataillon de la ville n’a pas l'intention d'en rester là. Une fois le calme revenu, le « chef » tire un coup de pistolet en l’air : une fusée crépitante déchire la nuit. Ce premier coup de semonce est, aussitôt suivi par d’autres tirs émanant des collègues postés aux quatre coins du parc. La scène est improbable. À cheval entre Far West et feu d’artifice. Au balcon des habitations en cœur de la ville, les Vichyssois sortent. Souvent plus surpris qu'agacés par ce bruit intempestif

« C'est vrai que nous n'avons pas l'habitude de travailler à ces heures-là. D'habitude le service des espaces verts finit sa journée vers dix-huit heures. Mais que voulez-vous, la meilleure manière de déloger tous ses oiseaux n'est autre que de les prendre au dépourvu et de leur faire ressentir le danger. Vous aimeriez être réveillé par votre prédateur naturel alors que vous dormiez, vous ? », s'amuse le responsable du service hygiène salubrité.Reste que les tirs ont l’effet escompté. Paniqués, des centaines d’étourneaux décampent.

Victoire ?

Les montres affichent 22 heures. Les salves de tirs s’enchaînent. Un troisième cri de geai déchire la nuit. Hors de question de laisser du répit à l’envahisseur ! Petit à petit, les piaillements se font plus rares. La fumée des pistolets a fini par former une brume qui enveloppe le parc. Entre deux tirs, le silence est assourdissant. Quelque 250 fusées ont été tirées ce soir. La bataille semble gagnée. Mais pas encore la guerre… Néanmoins satisfaits, les agents de la Ville récupèrent leur armada.
Ils ont prévu de revenir dès le lendemain, cette fois-ci à 4 heures du matin. Fort heureusement pour les riverains, ils ne seront armés seulement, cette fois-ci, de lampes pour perturber le repos des étourneaux.

 

Le combat ne fait que commencer. Il va durer cinq jours.