Ils réparent les voies ferrées pendant que vous dormez

La nuit, les riverains entendent leur manège. Pendant plusieurs semaines, des hommes et des machines s’activent sur le trajet Saint-Germain-des-Fossés et Vichy, pour renouveler les voies de chemin de fer. Rencontre avec ces ouvriers chargés de s’assurer de la sécurité du réseau ferroviaire.

 

Lentement mais sûrement, les hommes et la machine avancent. Telle une bête, cette dernière avale goulûment les mètres de voie ferrée. Écartant mécaniquement les anciens rails de chemin de fer et enlevant les vieilles traverses, elle les remplace par de nouvelles équipées d'attaches de fixation.

Il faut dire que les anciennes voies étaient âgées. Quarante ans. L’âge d’être entièrement renouvelées. Depuis le 11 août et jusqu’au 4 octobre, près de 15 km de voies sont ainsi remises à neuf par SNCF Réseau entre Saint-Germain-des-Fossés et Vichy, sur l’axe Paris-Clermont.

 

« Notre objectif est de renouveler 800 mètres de réseau par nuit », évoque Thomas Allary, Directeur territorial de SNCF Réseau pour la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Pourquoi la nuit ? « Pour éviter d’affecter le plus possible les lignes commerciales qui circulent sur les voies en journée », justifie le directeur territorial. Ainsi, chaque nuit, du lundi soir au samedi matin et de 22 heures à 5 h 40, lui et ses ouvriers sont sur les rails.
En effet, si la machine semble avancer toute seule, au total, c’est près de quatre cents personnes – agents SNCF et personnels d’entreprises extérieures – qui se relaient chaque nuit sur le chantier et ses bases arrière situées à Gannat, Saint-Germain-des-Fossés et Saincaize (Nièvre).

Romain, 24 ans, est un de ceux-là. En amont du chantier mobile, il s’assure que rien ne traine sur les voies au risque de bloquer la machine. Embauché à SNCF réseau au début de l’été, il n’avait jamais travaillé de nuit auparavant. « Avant mon embauche, j’étais déjà un habitué des chantiers, seulement ceux-ci étaient systématiquement de jour. C’est sûr qu’il m’a fallu un temps d’adaptation et les premières nuits furent difficiles. Mais désormais, j’ai récupéré le rythme de travailler de 22 à 6 heures et cela se passe beaucoup mieux. » Néanmoins, le jeune homme le confesse, difficile d’allier travail de nuit et vie sociale. « J’ai toujours été un fêtard, et j’avoue que c’est parfois dur de devoir refuser d’aller à un anniversaire car je commence le boulot deux heures après le début de la soirée. Et si j’y vais, partir alors que tout le monde s’amuse est encore plus rageant. »

Bilal, lui, s’y est habitué. Cela fait bientôt dix ans que ce « vieux briscard de la SNCF » s’assure chaque nuit que l’usine mobile soit en bon état de fonctionnement. « J’ai trouvé mon rythme. Et même si ça n’a pas toujours été facile avec ma femme, elle s’y est habituée également. Nous nous voyons tous les soirs de 17 à 22 heures et lorsque je rentre vers 7 heures du matin, je lui prépare son petit déjeuner avant d’aller me coucher. C’est ce genre de geste d’affection qui fait que nous pouvons tenir malgré nos cycles de sommeil décalés. »

 

La lune est haute dans le ciel quand soudain, Patrick lâche un juron. Les pelleteuses chargées de déblayer les gravats environnant les voies en amont du chantier ont pris du retard. Inexorablement, l’usine mobile les rattrape. « Nous allons devoir stopper la machine, le temps de laisser les gars reprendre de l’avance. Nous ne pouvons pas risquer de bloquer toute la machinerie juste parce qu’il reste des gravats. »

Lentement, le train-engin ralentit. Jusqu’à s’arrêter totalement. Hormis les moteurs qui ronronnent et les discussions des ouvriers, le silence reprend ses droits dans la nuit. Une accalmie sonore qui sera de courte durée. Une demi-heure plus tard, le temps pour les ouvriers de manger leur gamelle nocturne, l’usine se remet en branle. « On va perdre 50 mètres sur les objectifs », se lamente Thomas Allary.

Estimés à 23 millions d’euros, ces travaux visant à éviter l’usure du réseau ferroviaire et ainsi garantir la sécurité des lignes, ne doivent pas prendre de retard. Pour le directeur territorial de SNCF Réseau, chaque pause dans le chantier implique des retards sur le planning de livraison – et donc de retour à la normale du trafic. « Nous ferons en sorte de combler ce retard, ne serait-ce que par respect des riverains », s’engage-t-il.

À l’issue de cette nuit, ils leurs restera encore 2,6 kilomètres de rails à remplacer.