Et la nuit s'embrasa sur le bassin minier du Nord

Comme chaque année, la fête nationale est l'occasion pour les mairies d'organiser leur traditionnel feu d'artifice du 14 juillet. Alors que de nombreuses familles du Nord et du Pas-de-Calais se pressent sur la grand'place de leur ville ou village pour partager ce spectacle avec leurs concitoyens, certaines n'hésitent pas à se lancer dans l'ascension d'un de leurs symboles régionaux : les terrils. À la clé : une vue panoramique éblouissante et plus de cinquante feux d'artifice simultanés.

« C'est fatigant mais ça vaut le coup ». Entre deux respirations bruyantes et un point de côté naissant, Damien, jeune père de famille poursuit son ascension de la plus haute « montagne » des Hauts-de-France. Si la région compte en tout 260 terrils - c'est-à-dire des collines artificielles composées de résidu minier, fruit de trois siècles d'exploitation minière dans le Nord – seul celui de Loos-en-Gohelle, près de Lens, a été aménagé pour faciliter son ascension.

« Il y a encore cinq ans il était interdit de monter en haut du terril, pour des raisons évidentes de sécurité mais aussi pour préserver le site. Avec l'aménagement de chemin de randonnée, c'est désormais possible », reprend-il, visiblement essoufflé.Comme lui, ils sont une centaine de personnes à grimper dans le soleil couchant les 150 mètres de dénivelé pour 186 mètres de haut que représente le terril. « Ce serait bête d'arriver en haut une fois la nuit tombée », peut-on entendre durant l'ascension. Il est alors 22h20 et la nuit prend progressivement ses droits.

Sur le toit du Nord, la vue est saisissante. « Notre région étant extrêmement plate, dès que l'on prend un peu de hauteur, on peut voir sur plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde », s'amuse David, venu en famille, tous habitués de la grimpette du terril. « Je monte régulièrement avec mes enfants. À la base, nous devions aller voir le feu d'artifice de Liévin, puis, sur un coup de tête, nous avons décidé de remonter ici. »

 

Assis sur une nappe de pique-nique, sandwich à la main, Éloïse , venu avec un groupe d'amis, profite de sa première fois en haut du terril. « C'est marrant car c'est un symbole du nord mais à aucun moment nous nous étions posés la question s'il était possible de monter jusqu'ici. Lorsque nous nous sommes demandés quel feux d'artifice aller voir, ça nous est finalement apparus comme une évidence. Pourquoi choisir un feu d'artifice quand on peut tous les voir simultanément ? »

Pourquoi choisir un feu d'artifice quand on peut tous les voir simultanément ?

22h30. Les premières explosions colorées apparaissent au loin. « C'est celui de Billy-Berclau là-bas ? - Non c'est plutôt celui de Carvin ! - Vous êtes sûrs que ce n'est pas plutôt Annoeullin dans cette direction ? », peut-on entendre dans la foule. Certains font les paris tandis que d'autres sortent leurs téléphones pour vérifier sur une carte.

Puis vient 23 heures. L'apothéose. C'est à cette heure-ci que la plupart des feux d'artifice sont programmées sur le plancher des vaches. Les gerbes colorées se multiplient. Près de cinquante feux d'artifice se déroulent alors simultanément, tachetant plus ou moins l'horizon en fonction de leur distance. Si le 14 juillet a pour réputation d'être une fête bruyante, peu de sons parviennent en haut du terril, si ce n'est le bruit d'explosions étouffées des feux les plus proches. Certains spectateurs n'hésitent pas à mettre du Bob Marley en guise de fond sonore.

Les bouquets finaux s'enchaînent. « Cela fait plus de dix minutes que l'on croit que celui-ci va bientôt finir, ce doit être celui de Lille », s'étonne Damien. Les explosions de couleur se font plus éparses. « Il fait trop froid en haut du terril. On n'a pas réfléchi, on ne s'est pas dit qu'une fois la nuit tombée, avec le vent, on allait cailler sans pull. Mais on a vu ce qu'on voulait », commente Éloïse alors qu'elle s'apprête à redescendre du terril, lampe de smartphone à la main.

Elle sera progressivement suivie par le reste des spectateurs. Si la montée était sportive, la descente, elle, se veut prudente, au risque sinon de la finir sur les fesses. «  Je pense vraiment que ça vaut le coup de célébrer au moins une fois la fête nationale en haut du terril. Ce n'est pas du tout la même ambiance qu'un feu d'artifice traditionnel. Là-haut, l'ambiance est plus calme, loin des explosions et des enceintes stéréos. C’est très bon enfant également. Mais surtout, ce n'est pas tous les jours que l'on peut contempler des feux d'artifice depuis un lieu reconnu par le patrimoine mondial de l'Unesco ! », conclut David, alors que lui et sa petite famille disparaissent dans la nuit.