Au cœur d'une catastrophe ferroviaire

Dans la nuit du jeudi 31 mai à vendredi 1 juin, le train 804104, transportant une trentaine de voyageurs, file à vive allure vers le tunnel de Saint-Martin d'Estreaux situé sur la ligne reliant Roanne à Vichy. Le train pénètre dans le souterrain, long de 1382 mètres, mais n'en ressort pas. La faute à un rocher tombé sur la voie. 110 pompiers de l'Allier et de la Loire sont alors mobilisés.

/!\ ATTENTION, certaines photos peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes ainsi que des personnes non averties, notamment à la vue du (faux) sang /!\

Un scénario-catastrophe ? Fort heureusement, il s'agit plutôt d'un exercice de simulation d'accident ferroviaire tout droit des cerveaux de la Direction Générale de la Sécurité Civile et de la Gestion des Crises. Objectif de cet exercice : s'assurer de la bonne coopération des services de secours entre les deux départements. On vous raconte cet exercice en conditions réelles.

22h40. Après s'être lentement arrêté au milieu du tunnel, le train vient officieusement de percuter le rocher tombé sur la voie. Le conducteur du train entame alors sa procédure d'urgence, l'ensemble du trafic ferroviaire est stoppé et l'alerte est lancée auprès des pompiers de l'Allier et de la Loire. Ceux-ci doivent intervenir au plus vite pour porter secours aux blessés, graves ou légers. Il n'y a pas une minute à perdre.

22h50. Vincent, conducteur du train, est partie en amont de la « collision ». Il y dépose un fumigène d'urgence. « Cette lueur dans l'obscurité va permettre aux secours d'estimer leur distance vis-à-vis de l'accident. Le tunnel est long, un accident en début de tunnel ne nécessitera pas les mêmes moyens de secours qu'un accident au plein milieu de l'édifice, comme c'est le cas aujourd'hui », précise-t-il.

23h00. Pour simuler le rôle de « victime » - appelé par les secours « plastron » - une trentaine d'étudiants en deuxième année de soins infirmiers à Roanne ont accepté de participer à cet exercice de simulation d'accident ferroviaire. Ils sont alors « barbouillés » de sang et attribués un état de santé allant de « stable » à « critique ».

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Olivier, jeune étudiant, s'installe ainsi par terre au milieu du couloir central du train. Affublé d'une prothèse sanguinolente et réaliste, il s'amuse du fait qu'il a une « fracture ouverte du fémur ainsi qu'une hémorragie interne abdominale ». Sa camarade Suzie est quant à elle allongée sur le sol, le visage recouvert de sang et dans un coma profond. Tous deux attendent l'arrivée des secours.

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23h07. Moins de trente minutes après l'alerte, les pompiers de la Loire viennent d'arriver de leur côté du tunnel. Immédiatement, ils installent un poste médical avancé à l'extrémité de celui-ci pour s'occuper au plus vite des « victimes » avant leurs transferts aux centres hospitaliers les plus proches. Un hélicoptère se pose également non loin des voies ferrés pour les cas les plus urgent. « Nous sommes formés régulièrement à monter dans l'urgence des postes de secours possédant tout le matériel nécessaire pour réaliser des soins d'urgence de premiers secours. Cet exercice en conditions réelles nous permet de s'assurer que nous avons les bons réflexes une fois sur le terrain », témoigne Stéphane, pompier de la Loire alors qu'il empoigne un brancard.

23h10. Les pompiers de l'Allier sont également arrivés de l'autre côté du tunnel. Un «lorry» sorte de draisine motorisé, est installé sur les voies ferrées. Il permettra de ramener au plus vite les « victimes » au poste médical avancé.

23h15. Les secours arrivent dans le train ! Ils se précipitent sur les différentes« victimes » de l'accident et dressent un premier diagnostic de leurs blessures. Selon celui-ci, les « blessés » sont évacués plus ou moins rapidement au poste médical avancé à l'aide du « lorry ». Olivier, joue son rôle de victime à la perfection : il hurle, se plaint et tente d'attirer l'attention des pompiers circulant dans le train. Néanmoins, sa copine Suzie, toujours inconsciente, sera évacuée avant lui.

/!\ Photo sensible /!\

23h40. Les personnes dont la vie est sérieusement en danger sont pour la plupart toutes évacuées. Les « blessés légers » sont invités à rester dans le train. Des couvertures de survie leur sont distribuées. Pendant ce temps, le lieutenant-colonel Keller, en charge de l'opération s'assure du bon déroulé de l'exercice. « L'objectif de cette nuit est de s'assurer de la bonne coopération des services de secours de la Loire et de l'Allier, mais également des différents SAMU et gendarmerie qui participent également à l'opération. Pour le moment, hormis quelques erreurs de diagnostic des victimes, tout se passe extrêmement bien. »

1h05. Après une dernière inspection du train, les pompiers constatent l'évacuation de l'ensemble des « victimes » de l'accident. L'incident est officiellement clos au sein du tunnel, il est temps désormais d'assurer le suivi des blessés au sein des différentes structures médicales présentes aux alentours.

2h30. L'heure du bilan. Les différents chefs de brigades et de patrouilles reviennent sur l'accident en compagnie de leurs équipes au sein de la gare de Saint-Martin d'Estreaux, réquisitionnée pour l'occasion. Les bons réflexes tout comme les mauvais y sont relevés et de longs débriefs s'organisent. Bien que fatigués physiquement et mentalement, les services de secours écoutent attentivement les retours.

 

Ils savent qu'en conditions réelles, ils n'auront pas le droit à l'erreur.

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