Deux étudiants clermontois qui travaillent la nuit

Ils sont trois. Trois étudiants Clermontois à la fac ou en année sabbatique. Tous ont fait le choix de sacrifier une partie de leur temps libre et de leur sommeil pour un emploi occupant une bonne partie de leurs nuits. Livreur à vélo, serveuse ou réceptionniste d’hôtel, ils témoignent de la nécessité d’avoir un emploi – même précaire – pour subvenir à leurs besoins en plus de leurs études.

Mohammed, 23 ans, livreur à vélo

«C’est la dernière commande, je vais livrer aux alentours du petit casino et après je taille chez moi.» Alors que l’horloge s’apprête à pointer minuit, Mohammed enfourche une dernière fois son vélo. «Cela fait un mois que je consacre tous mes soirs à livrer des repas, je suis habitué à force. Je ne m’arrête que lorsque ma batterie de portable est à plat ou après minuit, quand les restaurants ferment», témoigne le jeune homme. Actuellement en année sabbatique et espérant reprendre les études l’année prochaine, il l’avoue sans détour : son emploi nocturne lui permet avant tout de  «faire de l’argent.»

«Il m’arrive parfois de livrer plus de dix commandes par jour. Dans ces moments, il m’arrive de gagner plus qu’un cadre», se félicite-t-il.

Non sans fierté, Mohammed sort alors ses fiches de paie. Fruit des 482 repas qu’il a livré au cours de son premier mois, son application témoigne d’une rentrée d’argent de 2000 €.

Contrepartie de ce confortable chiffre d’affaire au statut d’auto-entrepreneur, il dépasse régulièrement les 70 heures de travail hebdomadaire. D’autant plus qu’il sait que s’il traîne, les clients n’hésiteront pas à l’appeler directement sur son portable via l’application. Une dépendance vis-a-vis de l’application et des envies du client qui n’empêche pas, chaque soir, une cinquantaine de livreurs à vélo de quadriller la ville.

«C’est un vrai métier, les gens ne se rendent pas compte » lâche-t-il après avoir récupéré sa dernière livraison au McDonald’s, place de Jaude. Alors que le tram accueille non loin ses derniers voyageurs, Mohammed s’enfonce à nouveau dans la nuit. D’un coup de pédale.

Sarah, 22 ans, serveuse

23h30. L’heure de la pause clope. Alors que le bar ne désemplit pas, Sarah est accoudée sur une des tables extérieures, en train de se rouler une cigarette. «C’est un soir de semaine, il y a moins de monde dans le bar. Je peux me permettre une pause cigarette de temps en temps», se réjouit-elle.Du samedi au lundi, de 17 à 1 heure, Sarah, étudiante en licence de droit sert des bières dans un bar de la Place de la Victoire de Clermont-Ferrand.« Je suis payé environ 500 € par mois pour 17h de travail, couplés aux bourses, ça me permet de payer mon appartement et de m’autoriser quelques sorties.»

«Je suis payé environ 500 € par mois pour 17h de travail, couplés aux bourses, ça me permet de payer mon appartement et de m’autoriser quelques sorties.»

Difficile néanmoins d’associer emploi nocturne et cours au petit matin. « Je rentre chez moi, il est trois heures passées et il faut que je laisse redescendre la pression, bien que je commence à avoir l’habitude. Cela n’empêche, je dois tout de même parfois faire une sélection dans mes cours du lendemain afin de me préserver quelques heures de sommeil supplémentaires. Jusqu’ici j’ai réussi à m’en sortir, mais dans tous les cas, je ne peux pas lâcher mon emploi, j’ai besoin de cet argent.» 

Depuis deux ans et demi dans ce bar, elle ne compte pas partir de sitôt: « Il y a une super ambiance dans l’équipe. J’ai bossé auparavant deux ans dans une chaîne de boulangerie, c’était terrible. Ici à part gérer les gens ivres, c’est plutôt cool.»

Remerciements particuliers à Simon Dubos