"La nuit a encore cette aura de non droit", Amalia Fleuzal, photographe noctambule

Dans sa série photographiques Noctambules, Amalia Fleuzal raconte à l'argentique ses explorations urbaines mais aussi les personnages que l'on peut rencontrer la nuit.

Globalement, selon toi, qui sont ces gens qui vivent ou circulent la nuit ?

Il y a seulement quelques raisons pour lesquelles les gens circulent la nuit, et ces raisons sont toujours extrêmes. Soit c’est car ils ont passé une excellente soirée, que l’alcool a coulé – parfois à flot – et qu’il est temps de rentrer chez soi ou de trouver une manière de perpétuer  l’euphorie. C’est à ce moment que la  « bonne soirée » peut sévèrement  basculer. Une chute, une action non réfléchie, l’alcoolémie qui rattrape. La nuit peut virer au cauchemar. C’est ce que je recherche dans mon travail photographique, que l’on se demande si l’on est plus proche de la scène de crime ou de la simple flânerie nocturne.

Car oui, l’autre population qui circule la nuit, ce sont les fous. Ou tout du moins ceux qui ne parviennent pas à s’intégrer dans la société. Bien que régulée, la royaume de la nuit a encore cette aura de « zone de non-droit », comme si, ce qui se passaient la nuit ne pouvaient avoir de répercussion le lendemain matin. C’est la nuit que l’on rencontre la vraie nature humaine et que l’on fait les rencontres les marquantes. C’est très intéressant à documenter.

D’ailleurs comment procèdes-tu ? As-tu un parcours précis ? Es-tu accompagnée ?

Durant ma maîtrise, je travaillais sur le thème de la ville que j’abordais par le biais de la flânerie. Il n’y avait pas d’être humain à ce moment-là dans mes photos. Peut-être parce que j’apprivoisais ma nouvelle ville. Mais peu à peu les gens qui gravitaient autour de moi sont devenus les personnages principaux de mes photos. C’est pour cela que j’ai commencé à déambuler avec des amis dans les rues la nuit et à documenter toutes nos rencontres et aventures. Nous n’avons donc pas un parcours précis mais celui-ci s’adapte souvent à ce que l’on connaît déjà. Au final, encore une fois, seules les rencontres nous sortent de nos « rues de confort ».  Je ne dirais donc pas forcément que je prends en photo ce que je connais, mais plutôt que je prends en photo ce que j’explore.

À quelles contraintes photographiques fais-tu face en faisant de la photographie la nuit ? Le flash est-il obligatoire ?

Cela coule de source  mais étant donné que « Noctambules »  se passe surtout la nuit, dans des lieux où il y a peu de lumières, par moments l'utilisation du flash est effectivement inévitable. Mais j'aime son effet. Il produit des images très intenses et crues. Ce qui correspond très bien avec mes sujets en ce moment. Néanmoins, photographier sans flash est tout à fait possible, mais il faut prendre en compte l’éclairage urbain. Très présent en centre-ville, celui-ci a tendance à être moins omniprésents et moins entretenus à mesure que l’on quitte les « beaux quartiers ». Rien que ça, cela peut raconter une histoire, recontextualiser tes « personnages ». Une ampoule de lampadaire en moins et c’est à la fois toute ta photo et sa signification qui est différente. La nuit, chaque détail est encore plus important.

C’est pour cela que tu utilises de l’argentique ?

Au début, je n’avais pas vraiment choisi de caméras particulières. Au moment où j’ai décidé de travailler en argentique j’utilisais les caméras de l’école et celles qu’on me prêtait. Au final, comme la nuit est quasi uniquement composée de contraste, social et artistique, l’argentique capture parfaitement cette dichotomie.